Il fait beau, parfait pour 2 jours en Berry. Nous rendons visite d’abord aux Berruyers. Et oui c’est ainsi que l’on nomme les habitants de Bourges. Une découverte pour nous qui n’étions jamais passés par là. Et on commence par une promenade dans les marais de l’Yèvre et de la Voiselle à quelques encablures du centre ville. Etonnant ! Ces marais d’une superficie de 135 hectares regroupent plus de 1000 parcelles dédiées aux jardins. Dans le marais haut on les atteint en utilisant de petites barques propulsées en appuyant sur un long bâton de bois appelé bourde, équivalent de la pigouille dans le Marais Poitevin. Les marais bas sont accessibles à pied sec.
Après cette promenade bucolique, nous entrons dans Bourges pour une première visite, celle du Palais Jacques Cœur. Impressionnant.
Nous voici donc chez le très fortuné Grand Argentier du Roi Charles VII, Jacques Cœur, à la célèbre devise : « A vaillant cœur, rien d’impossible ». Ce palais construit au XVème siècle est quasiment intact et d’une taille bien respectable d’environ 4000 m². Jacques Cœur n’en profitera pas car il se fera dépossédé de ses biens avant même la fin de sa construction. Il ne faut pas faire trop d’ombre au Roi…
L’intérieur est à la hauteur de l’extérieur. On visite 15 pièces (dont la chapelle privée) sur 3 niveaux sans jamais reprendre le même escalier. Ces pièces ont fait l’objet d’une importante restauration due à l’usage qui en avait été fait quand le Palais a été transformé en Tribunal puis en Mairie.
A quelques pas nous voilà dans le centre historique de la Ville. Il parait que nous sommes juste au centre géographique de la France. Ville royale à partir de l’an 1100, capitale pour Charles VII, la capitale du Berry nous invite à une balade au Moyen âge, le nez levé sur les façades des demeures à colombages et un peu plus loin sur des portions du rempart qui la ceignait.
Il commence à tomber quelques gouttes, aussi il est temps d’entrer dans la Cathédrale Saint Etienne. Pas facile de la prendre en photo dans toute sa splendeur. D’abord parce qu’il y a des échafaudages et surtout car elle est gigantesque : 120 m de long, 40 m de large et quasiment 40 m de haut sous la voûte centrale. C’est un chef-d’œuvre du gothique des XIIe et XIIIe siècles classé au patrimoine mondial de l’Unesco.
Elle se caractérise par ses 2 tours de hauteurs inégales mais également par ses 5 portails et par l’absence de transept, une nef et c’est tout ! La sobriété observée à l’entrée est contredite par l’ensemble de vitraux situé derrière le chœur. Les vitraux du XVIème et du XIIIème siècle se lisent comme des bandes dessinées et sont surtout remarquablement conservés. Un petit rayon de soleil aurait bien agrémenté ce moment.
Après une bonne nuit de repos et quelques kilomètres, nous arrivons à Valençay pour visiter le Château sous une petite pluie fine et un froid transperçant. Les jours se suivent et ne se ressemblent pas ! Nous sommes donc ici en la demeure du Diable Boiteux autrement dit de Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord ! Un homme incroyable ; il occupe des postes de pouvoir sous l’ancien Régime puis pendant la Révolution en tant que député du Clergé (défroqué après avoir soutenu la privatisation des biens de l’église, un contre son camp !). Puis il part au Royaume Uni comme Ambassadeur et réapparait sous le Directoire puis le Consulat, puis l’Empire comme ministre des relations extérieures. Et on pense que c’est fini, mais non, il poursuit sa mission sous la Restauration et la Monarchie de Juillet. Quel parcours !
On le dit rusé mais traitre et corrompu, d’une intelligence pragmatique et visionnaire. Excellent diplomate, il est aujourd’hui toujours controversé mais il n’a jamais dévié de son objectif celui d’établir une monarchie constitutionnelle. Il a par ailleurs su préserver les frontières de la France vaincue au Congrès de Vienne.
A Valençay il a été le bienfaiteur de la ville. Il y établira bureau de bienfaisance, maison de charité où des sœurs instruisent des petites filles et portent secours aux malades. Il fera don d’un terrain pour construire une mairie, une justice de paix, une école de garçons … Peut-être n’était-il pas le diable finalement !
La visite du château permet d’admirer un mobilier de belle facture. On traverse la chambre de sa femme et celle de sa nièce par alliance, la Duchesse de Dino, Dorothée Von Biron Princesse de Courland. Cette dernière lui sera très liée affectivement et intellectuellement.
La visite se poursuit au sous-sol dans de magnifiques cuisines
et se termine par le théâtre. Il présente la particularité d’avoir conservé la plus grande partie de ses décors de scène d’origine créé par Pierre-Luc-Charles Ciceri, peintre en chef de l’Opéra de Paris. Il a été redécouvert en 1980 alors qu’il était utilisé pour entreposer la paille destinée aux écuries toutes proches, ce qui a probablement contribué à la bonne conservation de la décoration murale. Ce théâtre était utilisé par la famille de Talleyrand pour jouer des petites scènes et était ouvert au public local.
Et voilà, cette petite escapade se termine et nous prenons le chemin du retour avant un voyage beaucoup, beaucoup, beaucoup plus lointain très bientôt !






























